Les métiers d'autrefois, nous parlent d'un temps où les témoins sont de moins en moins
Leu mëtyë d'autrefa, no parlon d'on té tion leu tëmoin san de min en min
nombreux. Telles les civilisations disparues, il n'en reste que quelques vestiges ici
nombreux. Kemai leu civilisacion disparues, y n'ai demoure que queuque vestizo tye
ou là : une forge éteinte depuis bien longtemps au fond d'un vieil et sombre atelier
don bin ailleûre : na forza étinte depi biai graité u fon d'on vio pi sombro ateli
oublié dans une ruelle du bourg du village.
ublieya dé na ruala du bor du velazo.

Ou encore, une façade jaunie et décrépie par l'humidité où sont encore visibles les dernières
Pi aikeure, na fassada zaunie pi décrépie pe l'humiditô tion sont aikeure visible leu derrire
lettres qui rappellent la présence d'un sabotier. Le sabot a longtemps été la « chaussure à
lëtre que rappellon la prëzaice d'on sabouti. Lou sabou a longhté étô la « susseure a
tout faire ». On travaillait aux champs en sabots, on s'occupait des bêtes en sabots, c'est en
tou fére ». On travaille é sam ai sabou, on s'occupave de l'béte ai sabou, ye ai
sabots que l'on allait au marché, et à l'école pour les enfants.
sabou que l'on allave u marssé, pi a l'équeula pe leu zéfai.

Des sabots, il y en avait de toutes les sortes, presque autant que pour les chaussures
De sabou, y'ai ave de teute le sôrte, quasi atai que pe le susseure
aujourd'hui. Certains, pour le travail, tout en bois, avec parfois, pour le confort, une large
de s'ti oui. Ceurtain, pe lou travaux, tout'é beu, avoua prefa, pe lou confôr, na larzou
bande de cuir remontant sur le haut du pied, plus ou moins serrée, à la demande du client,
baide ai cuir remontôve su lo yô du piye, ple ou min sarro, a la demaide du cliai.
une manière de « sur mesure » en quelque sorte. Les femmes portaient des sabots plus
na maniére de « seur mësëre » ai queuque sôrte. Le fënne pourtavon de sabou ple
fins, plus largement échancrés sur le coup de pied. Ils étaient parfois vernis et même
fin, ple larzemè échaicrô su lou co de piye. Y z'étôvan parfa vreni pi mémou
décorés de motifs sommairement sculptés de fleurs, par exemple.
décourô de môtif sommairemai scultô de fleûr, përe exaiplou.

Quand au sabotier, il y en avait dans presque tous les plus petits villages, véritables ateliers
Quait'u sabouti, y'ai n'ave dé presqu'ou tui leu ple pete villazou, véritablo z'ateli
ou petites entreprises familiales. Le travail demandait une bonne habileté et une certaine
ou pëtëte aitreprise familiale. Lou travau demaide na bena habilitô pi na cërtinna
force physique : on dégrossissait le bloc de bois, du verne de préférence, à l'aide d'une
fôrce physique : on dégroussive lou bloc de beu, de varne de prëfëraice, a l'aidou de na
longue lame articulée en son bout, posée sur une sorte de madrier relevé à son autre
longua lama articulô a son savon, pôzô su na sôrta de madrier rëlëvô a se n'autrou
extrémité où l'on s'asseyait. Ensuite, on fignolait le travail à l'aide de petits outils
extrémitô tion l'on se chëtôve. Aissuite, on fignoulôve lou travô a l'adiye de pëtë zoti
spécialisés : tarières, gouges et couteaux. Le premier concurrent industriel a été le sabot moulé
spécialisô ; tarire, goze pi quëté. Lou premi concurai industriel a étô lou sabou moulô
en caoutchouc.
ai caoutchouc.

En continuant notre tournée, voilà un moulin au repos qui a écrasé tous les grains de la
Ai continuai neutra tournô, v'tia on melin u repô qu'a écrazô tui leu gron de la
région : blé, seigle, orge, blé noir, maïs, avoine, épeautre pour la farine panifiable
rézion ! blô, seulia, ôrzou, trëqueille, panë, avinna, épautrou pe la farëna panifiabla
ou pour l'alimentation du bétail.
don bin pe l'alimaitachon de l'béte.

N'oublions pas les lavandières, dans les lavoirs de chaque village, certains restaurés, très
N'ëblëyon pô le lavaidires, dé lou lavoueur dai tui leu velazou,  sartain rëstorô, vra
beaux, signes d'une vie de travail.
bravo, sëgne de na via de travô.
Autant de témoignages d'un passé, à la fois si proche et si lointain, qu'un demi-siècle est
Atai de témoignazou d'on passô, a la fa se preusse pi se lointai, qu'on demi-siéclo
venu balayer. L'économie paysanne est à son sommet au fil des années mil neuf cent.
venu balaiyë. L'économie paiyzanna e t'a son soumme u fi de l'z'aino mil nou sai.

Puis les villes se sont développées avec l'industrie et ses produits fabriqués qui ont inondé le
Pi le vële se son dëveloupô avouê l'industrie pi seu prôdui fabrequô que z'on inondô lou
marché  et nos besoins courants, ou essentiels, ou secondaires. Les moyens
marssé pi noutrou bezon courai, don bin éssaitiel, don bin secondaro. Leu moyen
de transport  facilitent l'approvisionnement des régions les plus reculées.
de transpôr faciliton l'approvisionnemai de l'rézion le ple rekelô.
La faux a été remplacée par la faucheuse javeleuse, puis la moissonneuse lieuse, puis, qui
Lou dar a êtô raiplacha pe la faucheuse zaveleuse, pi la massônneuse lieuse, pi, cui
va le regretter, par la moissonneuse batteuse.

va lo regrettô, pe la massônneuse bateuse.
Notre monde rural vivait en quasi-complète autarcie. On n'achetait que
Neutron mondou rural vivôve ai quazi-compléte autarcie. On n'assëtôve que
« le fer et le sel ! ». On fabriquait pas mal d'outils et on les réparait. Peu à peu,
« lou far pi la sô ! ». On fabrequôve pô mô d'otil pi on leu réparôve. P'tië à p'tië,
prend place une agriculture d'échanges. 
prai plache n'agricuëltëre d'éssaizou.

Qu'ils soient paysans ou sabotiers, tonneliers, scieurs de bois, horlogers, tailleurs,
Qui saillon paiyzan don bin sabouti, touneli, scieur de beu, hourlouzi, tailleur,
cordonniers, rempailleurs de chaises, vanniers et bien d'autres, tous sont volontairement ou
courdouni, raipaillo de challe, vanni pi biai d'autro, tui son volontaremai ou
non les agents des changements de cette époque. Certains s'adaptent et peuvent en
nô leu z'azai deu saizemai de cht' épouque. Ceurtain s'adapton pi pouvon n'ai
profiter. Les autres, nombreux, sont condamnés à disparaître. Mais après tout, la tradition
pofitô. Leu z'autrou, nombreu, son condamnô a disparétre. Mai apré to, la tradichion
d'aujourd'hui n'est elle pas la modernité d'hier ?...
de sti'oui ne te pô la môdernito d'iar ?...
De tous temps, les métiers se sont fondus,  plus ou moins volontairement, plus ou moins
De tui leu tê, leu mëtië se son fondus, ple z'ou min volontaremai, ple z'ou min
consciemment, surtout, dans le moule de la société nouvelle. Vous ne nous empêcherez pas
consciamai, sertou, dé lou moulo de la société nouvala. Vo ne no aipasserô pô
d'ailleurs aujourd'hui, de remarquer un attrait pour cette époque dont l'on ringardisait les
d'ailleur sti'oui, de remarquô n'attré pe cht'épouque don l'on ringardisave leu
derniers vestiges, voici à peine plus de vingt ans. Mais l'histoire n'est elle pas, on l'a dit
derri vestizo, vetia a pinna ple de vint ai. Mé l'histoire ne teule pô, on la dë
souvent qu'un éternel recommencement ?
souvai n'éternel rekemaissemai ?

Les fêtes, les danses folkloriques, les reconstitutions, comme le battage à l'ancienne, le goût
Le féte, le daisse folklôrique, le reconstituchion, quemai lou batazo a l'aissienne, lou go
prononcé pour les produits « du terroir » sont maintenant à la mode. Sans nostalgie, il est
prononcha pe lou prôduit « du terroir » son maintenai a la meuda. Sai nostalzia, y'e
important pour nous les patoisants, par devoir de mémoire de nos traditions, que nous

impourtai pre no leu patoisait, pe deva de mémoire de noutre tradichion, que no
i 
fassions revivre ces métiers de notre terroir.
fachion revivro ceu mëtier de noutron terroir.