Voilà la Saint Martin qui approche, comme on le chante dans notre vieille chanson populaire,
V'tia la San Martin qu'appreuce, quemai on lo sète dé neutra vielye sèson populére,
anonyme, dont personne ne connaît la date d'origine. C'est le jour de l'année où l'on
anounyme, don nyon ne counia la data d'orizine. Ye lou zour de l'ainô ion l'on
renouvelle en Bresse, les contrats de baux sur les biens et où l'on procède à la louée des
renouvalle ai Brasse, leu contrat deu bau su lou biai pi on procèdôve a la louô deu
domestiques. Le fermier dit qu'il a reloué, quand il continue son exploitation dans le même
vôlë. Lou fremi deze que la relouo, quai y continuave se n'exploitachon dé lou mémou
domaine, et le valet qu'il s'est reloué, lorsqu'il s'est rengagé pour un an chez le même maître.
dominne pi lou vôlë qui se relouô, kai y se raigagea pe nénô vé lou mémo métre.

Le maître valet ou grand valet, s'il changeait d'exploitation, emportait avec lui ses quelques
Lou métre vôlë don bin grai volë, s'y saizave d'exploitachon, aipourtôve avé sa seu queuquou
meubles et ses effets de linge. Parfois en cadeau,  il pouvait recevoir un ou deux sacs de
meublou pi seu z'effet de linzou. Queuque ko ai cadiau, y pouve receva yon donbin dou sa
pommes de terre choisies,  pour ses semences. Dans les foires de la région, les valets qui
de quatrouille treuya, pe ce semaice. Dé le farou de la rezion, leu vôlë que
désiraient se louer, attachaient sur le côté gauche de leurs « biaudes », un petit bouquet de
déziravan se louô, attassavan su lou sion gasse de yo « biaudes », on petye bôque de
foin, insigne de ceux qui cherchaient à « s'affermer ». Il y avait toujours négociations
fin, aisegne de cétye que cherchôvon a « s'affremô ». Y ave torzou négociachion
pourparlers,  sur les montants, débouchant naturellement sur un accord ou désaccord.
pourparlô, su lou montai, débousavan naturalamai su n'accôr don bin désaccôr.
Les valets, jusque vers les années mille neuf cent cinquante, n'ont pas écrit leur histoire sur
Lou vôlë, tai que vé lez' ainô mil neu sai cinquaite, n'ai pô écri yo histoire su
ce que fut leur vie dans notre campagne de Bresse. Pourtant, ils aimaient la raconter
 
che que fu yo via dé neutra caipagne de Brasse. Peurtai, y z'aimôvant la racontô
de vive voix.
de viva voix.

Ils ont été des maillons essentiels dans la vie des fermes où ils assuraient tout le travail,
L'ai étô de mayon essaitiel dai la via de l'feurmes tion y asseravant tui lou travô,
tous les jours, du matin au soir. Ils soignaient le bétail, ensemençaient, engrangeaient les
tui lou zour, depi lo matin tai qu'u sa. Y soignavan le béte, èsemèsavan, ègrèzavan le
récoltes. Ils avaient aussi la charge de nombreux travaux de moindre importance. Le grand
recoulte. Y z'ave ari la sarzou de biai de travau de mindre impourtaice. Lou grai
valet était responsable du travail, les ordres lui étaient transmis directement par son patron.
vôlë éve responsablo du travô, leu z'ordre ly éron bailla directamai pe son patron.

A table, il coupait le pain pour toute la famille. Important, quand il refermait son couteau,
A trabla, y coupôve lou pan pe touta la famëleyë. Impourtai, què y refremave son queté,
il marquait ainsi la fin du repas pour toutes et tous les domestiques. Sans prétention, au
y marquave kemai sai, la fin du repô pe tote pi tui leu vôlë. Sai pretanchon, u
travers de leurs coutumes, traditions, habitudes, espoirs, fortement liés à la vie paysanne,
travé deu yo keteme, tradichon, habitede, espoir, fortemai lëya a la via payzanna,
nous voudrions rendre un hommage simple à ces femmes et à ces hommes qui, sans bruit,
no vedrion raidre n'houmazou simplou a che feune pi a cheu z'houmou qui, sai bri,
ont profondément marqué leur époque.
ai profondémai marquô yo épouqua.

Le « carat » était un jeune garçon d'environ quinze ans, compris entre le dernier valet et le
Lou « carabit » éve on zeunou cadë d'èveron kyinze ai, compras étre lou derri vôlë pi lou
premier berger. Il était susceptible de remplacer l'un ou l'autre. Il était principalement
premi barzi. L'éve suceptiblou de raiplache l'on ou l'autrou. L'éve principalamet
l'auxiliaire du grand valet et c'est lui, qui piquait les bœufs aux labours. Les foires et marchés
l'auxiliére du grè vôlë pi ye sa, que piquave leu boueu é labor. Le fare pi marssé
de la Saint Martin étaient l'occasion des tractations au café, autour d'un pôt, entre les
de la San Martin évent l'uccazion de tractachion u café, lator d'on pou, aitre leu
demandeurs et ceux et celles qui offraient leurs bras dans les exploitations agricoles. Le prix
demaidio pi ché pi challe qu'uffriron yo bré dé le z'exploitachion agricole. Lou pri
des gages variaient suivant l'importance des fermes, on négociait. Le jour de la Saint
deu gajou variôvant suivai l'impourtaice deu feurme, on négossiave. Lou zor de la San
Martin  était le jour le plus important de l'année, dans la campagne de Bresse. Les fermiers eux
Martin yéve lou zor lou ple importai de l'ainô, dé la caipagne de Brasse. Leu feurmi yo
aussi, changeaient de fermes, déménageaient pour aller dans un autre domaine. Il y a des
ari, saizavan de feurme, déménazavan pe allô dé n'autrou dôminne. Yave de
fermiers qui changeaient souvent de propriétaires. Les baux étaient de trois, six, ou neuf
feurmi que saizavan souvai de propriétére. Leu bau évon de tra, si, don bin nou
ans. Mais d'autres restaient longtemps, même toute leur vie, parfois plusieurs générations,
z'an. Mai d'autrou restôvan lonté, mémou touta yo via, parfa plesieur générachion,
souvent chez de gros propriétaires qui avaient plusieurs fermes.
souvè vé de greu propriétére qu'avan plezieur feurme.

Le nouveau fermier qui entrait dans ses nouveaux bâtiments, trouvait le domaine « paillé et
Lou nouvé feurmi qu'êtrave dé seu nouvé bôtimai, trouvave lou dôminne « pailla pi
enfourragé ! », c'est-à-dire avec la paille et le foin, comme c'était porté sur le bail qu'il avait
éfouraja ! », ye t'â dere avoué la pailla pi lou fin, y'êve pourtô su lou bail que l'ave
signé. Au battage, le fermier sortant avait droit à la moitié des grains, plus les semences qu'il
segna. U batazo, lou feurmi sôrtai ave dra à la matia deu gran, plesse le semaisse que
avait employées. Celui qui prenait la ferme avait l'autre moitié des grains et toute la paille.
l'ave aiplaya. Chotiye que prenive la feurme ave l'autrou matia deu gran pi tota la pailla.
A la Saint Martin, l'année recommençait, c'était le jour où les fermiers réglaient leurs
A la San Martin, l'ainô requemaissave, yéve lou zour yon leu feurmi réglôvan yo
propriétaires « s'ils pouvaient ». Ils payaient aussi leurs valets et servantes à la fin du repas
propriétére « s'y pouvan ». Y payovan ari yo vôlë pi servaite a la fin du repô
de midi, avant qu'ils partent. Pour les jeunes qui commençaient, on leur disait : « C'est en
de médi, avai qui parton. Pe leu zeunou que quemèssavan, on y deze : « Ye t'ai
faisant que l'on apprend». Les tâches étaient très précisément réparties.
fesai qu'on apprai ». Leu tasse étovan tré précizamai répartia.

A la foire de la Saint Martin à Bourg en Bresse, les garçons avaient mis leurs costumes de
A la fare deu la San Martin a Bor ai Brasse, leu garsson ai metô yo côstume ai
velours ou leurs blouses, des sabots couverts et un chapeau. Les filles portaient leurs
velu don bin yo bloze, de sabou couart pi on sapé. Leu feliye pourtavan yo
grandes robes, un beau tablier, une coiffe bien repassée et des sabots à coussins.
graide roube, on bravo devaiti, na coiffe biai repassô pi de sabou a cossin.
Tous les hivers, on s'occupait du bois de chauffage et des fagots pour chauffer le four à pain.
Tui leu zevar, on s'occupave du beu deu sauffageo pi deu fagou pe charfô lou for a pan.
Il fallait étêter les « tronches », pour scier les gros morceaux au « passe partout ». Dans les
Y falliye émoutô leu « tronsse », pe sartô leu greu mourcé u « sséton ». Dai leu
champs, on faisait les têtes (bout des champs), les rigoles et fossés d'égouttement. On
sam, on feze le téte (chavon de tare), leu regueule pi taré d'égouttemai. On
relevait les « baragnons » (passages entre les champs) et on levait les « chaintres »
relevave leu « baragnon » (passazou aitre leu sam) pi on levave leu « saintre »
(passages au bout des champs). Le matin de la Saint Martin tout ce monde s'est levé tôt, il a
(passazou é savon deu sam). Lou matin de la San Martin to lou mondo se levô teu, y a
gelé blanc, c'est un signe qui indique la pluie. Dans les fermes on avait des indications
gelô blan, ye ton segne qu'indeque la plouze. Dai leu feurme on ave de z'indicachion
précieuses dans l'observation des phénomènes naturels. On vivait proche de la nature, et
précioze dai l'observachion deu fénominne naturel. On vive prouche de la natëre, pi
cette nature est un livre merveilleux dans lequel on peut apprendre bien des choses.
chëte natëre ye on livro marveilleu dai louquélou on pou apprèdre biai de seuze.