« L’hiver n’est pas batard, s’il ne vient pas tôt, il viendra tard ».
« L’evar ne pô batar, si ne vin pô tô, y vindra tar ».

« Neige de février, c’est de l’eau dans un panier ».
« Neza de fevri, ye d’édïye dé on pani ».

L’hiver, les gens des fermes sont amenés à se fréquenter, plus que de coutume,
L’evar, lou zai de l’freme son amenô a se frekaitô, mé ke de keteme,
ils ont plus de temps.
y z’ai mé de té.
La cloche sonne l’angélus, le son s’éparpille entre les murs du village.
La chlyousse sônne l’aizelus, lo son s’éparpelïye aitre le mere du velazo.
Aucun autre bruit ne vient perturber le noir de la nuit qui commence.
Pô mé de bri ne vin pérturbô lo na de la né ke kemaisse.
En décembre, après sept heures du soir, le dehors s’endort et le dedans
Ai déssaibro, apré sét hora du sa, lo defôre s’aidreme pi lo dedé
commence à s’animer. Les bêtes sont au chaud dans la moiteur de l’étable.
kemaisse a s’animô. Le béte son u sô dé la moitio de la buse.
La grange regorge de foin. Les gens aiment se retrouver, jeunes et vieux,
La granze regôrze de fin. Lou zai amon se retrovô, zeunou pi vio,
femmes et hommes, dans ces villages qui l’hiver, vivent repliés sur eux-mêmes.
fene pi houmou, dai cheu velazo ki l’evar, vivon repleya su yo-memo.

Temps arrêté, temps des veillées, temps forts de la vie sociale.
Té arrétô, té de l’veilla, té fôr de la via sociala.
Les veillées se déroulent de la toussaint à fin mars. Elles rompent la monotonie
Le veilla se dérolon depi la tossin tai k’a fin mars. Le rompon la mônôtôni
du quotidien hivernal, auprès de la cheminée. Dehors, il y a des congères
du kôtidien de l’evar, devai la semenô. Defôr, y a de konzére
formées par la neige fraîchement tombée. « Quel froid ce soir, il va geler fort ».
formô pe la neze fréssamai tombô. « Ké fra s’ti sa, y va zelô fôr ».

La cuisine jouxte l’étable. Les femmes s’installent face à face.
La kezena zouxte la buse. Le fene s’installon face a face.
Déjà les mains s’activent… les langues aussi, mais pas de méchanceté,
Deuja leu man s’activon… Leu lingue ari, mé pô de méssaissetô,
juste quelques critiques…fondées bien sûr. Les hommes se sont éloignés
lamai keuke kritique… fondô bin sûr. Leu zoumou se son éloignô
de la cheminée. Jean tient fermement une poutre de bois, tandis que
de la semenô. Zan tin farmemai na potra de beu, taidi ke
son cousin la perce avec éloignés de la cheminée. Cette pièce servira à réparer
son kezin la pérce avoua on velbrekin. Ch’la pieussa charvira a reparô
le char à foin. On parle des vaches, du prix des cochons ou… de la politique
lo sar a fin. On piaïye de l’vasse, du prix deu kaillon don bin… de la politike
municipale. On termine par un repas parfois copieux. On chante Tino Rossi,
munichipale. On n’assui pe on repô a d’ko côpieu. On saite Tino Rossi,
Rina Ketty et sous les ponts de Paris de Lucienne Delyle ou les blés d’or
Rina Ketty pi so lou pon de Paris de Lucienne Delyle don bin leu blô d’ôr
ou les roses blanches avec parfois l’accordéon diatonique ou chromatique.
don bin leu rôze blaisse avoua ad’ko l’accordéon diatônik don bin krômatic.

On fête la toussaint et le souvenir des morts en fleurissant les tombes.
On féte la tossin pi lo soveni deu môr ai florissai leu tombe.
Noël arrive, avec la messe de minuit et les cadeaux dans la cheminée.
Noyé arreve, avoua la messa de mi né pi leu kadiô devai la semenô.
Puis on se retrouvera pour la veillée du jour de l’an. On se dira tout simplement :
Pi on se retrove pe la veilla du zor de l’ai. On se dera to simplamai :
« Bonjour et bonne année, quelle soit meilleure que celle qui vient de passer ! ».
« Bonzor pi bena annô, ke le sa meliora ke ch’la ke vin de passô !”.
Le paysan, pendant les longues soirées, fabrique des paniers en tous genres, des
Lo païysai, paidai le longue veïlla, fabreke de pani ai to zenre, de
balais de bouleau, des râteaux de bois. Rien que de l’utile pour les futurs travaux.
ran de bio, de raté de beu. Rai ke de l’utile pe leu futur travô.
Le froid de février est idéal pour tuer le cochon. Nourrit deux fois par jour avec les
Lo fra de fevri t’idéal pe tiô lo kaillon. Nori dou ko pe zor avoua leu
restes de la cuisine, du petit lait et les pommes de terre cuites dans la chaudière
resto de la kezena, de latia pi le poume de tara koate dai la sodire
spéciale. Le cochon représente la viande de la maisonnée. Acheté à vingt kilos,
chpeciale. Lo kaillon reprezaite la viaida de la mazonnô. Assetô a vin kilô,
on l’élève pendant huit à neuf mois. Pour l’abattage, il faut tenir compte de la lune,
on l’élive paidai oue a nou ma. Pe l’abatazo, u fau teni compto de la lena,
sinon le sang « ne caille pas ». Le saigneur est un homme de métier très demandé.
autramai lo san « ne caille pô ». Lo saingno ye n’omo de metié biai demaidô.
Une grande partie du porc sera conservée au saloir. Dehors, il continue de neigeoter.
Na graida partia du kaillon chera consarvô u salio. Defôr, y continu de nazotô.


Voilà moins de vingt minutes que le réveil a sonné, il est six heures. Il fait nuit. La lune
V’tia min de vin menete ke lo reveillïe a sounô, ye siz’hore. Y fa né. La lena
offre sa rondeur. Des chiens aboient et se répondent de ferme en ferme. Certains
ufre sa rondio. De sin zapon pi se répondon de freme ai freme. Sartin
chemins sont rendus impraticables par la neige. Odette ravive le feu dans la cheminée
semin chon raidu impratikablo pe la neze. Odete ravivo lo foua dai la semenô
et prépare le café. Germain file à l’étable à quelques dizaine de mètres. Dès qu’il entre,
pi prepare lo kafé. Zèrmain file a la buse a keuke dizinne de métre. Dra ke l’aitre,
les bovins commencent à s’agiter, une odeur de bouse et de purin l’enveloppe. Les
leu bôvin kemaisson a s’agitô, n’ôdeur de boza pi de purin l’aivelope. Le
races des animaux donnent lait et viande, et sont enfermées dans l’étable au moins
race deu z’animô baïllon lé pi viaida, pi sont’aifremô dai la buse u min
jusqu’à mi avril. Il y aura assez de foin pour finir l’hivernage. On nomme cet amas de
tai k’a mi-avri. Y ara pro de fin pe assuire l’ivernazo. On n’apéle ch’l’ama de
foin la « matte ». On le découpe avec une sorte de bèche très tranchante : le coupe
fin la « mata ». On lo dékope avoua na sôrta de bésse biai traissaita : lo kope
foin. La nourriture est complétée par des betteraves hachées. Le tourteau apporte le
fin. La noritera complétô pe de betterôve hacha. Lo tortô appôrte lo
dessert.
déssèrt.

Le lait est ramassé par la coopérative. Les vaches sont traites à la main. Chacun trait
Lo lé ramassô pe la koopérative. Le vasse son tréte a la man. Sation tré
toujours les mêmes vaches. On lave le pis et on l’essuie avec un linge propre. Si une
tozor le méme vasse. On lave la posse pi on l’éssoïye avoua on linzo propre. Si na
mammite est décelée, le pis est frotté avec du vinaigre chaud et du saindoux. Les veaux
mamita e desselô, la posse frottô avoua de vinagro sô pi de sindo.  Lou viô
tètent goulûment leur mère respective. Une mousse blanchâtre barbouille leurs mufles.
téton goulumai yo mére réspèctive. Na mossa blaissatre barboillie yo mefle. 
Pour la traite, Germain est assis sur un tabouret à trois pieds et appuie sa tête contre le
Pe la tréta, Zermain chetô su on tabore a tra pie appouïye sa téta contre lo
flanc droit de la vache. Sa pression du trayon est rapide, le lait sort en jet fin, recueilli
flan dra de la vasse. Sa préssion du trayïon rapida, lo lé sôr ai jé fin, recueilli
dans un seau calé entre ses jambes. Les gens du village viennent chercher du lait frais
dé na selia calô aitre se zambe. Lou zai du velazo venon kri de lé fré
dans leur berthe en aluminium.
dé yo berte ai n’aluminium.


Il faudra penser à vérifier l’état des clôtures des champs. Cela demande plusieurs jours,
Y fôdra paissô a vérifie l’éta de l’clotere deu san. Y demaide plezieur zor,
car la ferme s’étend sur plus de trente hectares. Odette et Germain ne sont pas
preka la frema s’étai su mé de traite éctar. Odète pi Zermain ne chon
préoccupés par les médias qui parleront un jour de « vache folle », ou de
pô préocupô pe leu media ke von parlô on zor de « vasse fole », don bin
de « grippe aviaire », ou de « celle du Mexique ». Nous ne pouvons pas terminer sans
« grippa aviére », don bin de « chla du Mexique ». No ne povon pô assuire sai
rendre hommage au savoir faire, au courage et à la détermination des hommes et
raidre homazo u sava fére, u korazou pi a la détèrminachion de ché zomo pi
femmes de la terre.
fene de la tara.