Dans toute la France, en mille neuf cent vingt quatre après la mémorable attaque
Dai tota la France, ai diz nou sai vinte katro apré la mémorabla ataka
du phylloxéra, les vignes de notre canton ont été replantées en noha et en othello
du phylloxéra, le vegne de noutron kaiton ai étô replaitô  ai nôa pi ai nôtelô
principalement. Puis sont apparues les variétés hybrides, identifiées par des numéros.
principalamai. Pi chon t’a paru leu variétô zibrid,  idaitifiô pe de numerô.
Donc, en mille neuf cent vingt quatre, on produisait beaucoup de vin dans le canton
Donk, ai mil nou sai vinte katro, on produije biai de vin dai lo kaiton
de Pont de Veyle. Cette année là, après la vendange, quatre vingt six cultivateurs
de Pont d’vala Chla sazon tye, aprè le vaidaize, katro vin si kultivateur
de Cruzilles se sont demandés que faire du géne, c’est-à-dire de ce qu’il reste de la grappe,
de Crezeille se son demaidô ke fare de yo krapa, ye a derr de ce ke demoure du razin,
après le pressurage. Après réflexion en commun, ils ont décidé de s’équiper pour distiller
apré lo préssurazo. Apré réfléxchion aissaiblo, l’ai decidô de s’étyepô pe distilo
pour faire de l’eau de vie, liqueur alcoolisée, appelée chez nous la goutte ou la gnôle.
pe fére de gnôle likor alkolija, kon kreille vé no, la gota.
En mille neuf cent vingt quatre, les cultivateurs de Cruzilles achètent deux alambics
Ai mil nou sai vinte katro, leu kultivateur de Crezeille asseton deve z’alaibi
pour la somme de sept mille neuf cents francs de l’époque, ainsi que tous les accessoires
pe la soma de sète mil nou sai franc de cho momai tye, pi to leu zaccessoire
pour le montant total de huit mille quatre cent quarante neuf francs dont un flacon d’encre,
pe lo montai total de voue mil katro sai karaïte nou franc avoua na boteilla d’aicre,
deux timbres postes, deux cahiers etc… Il fallait s’installer près d’un point d’eau,
dou timbro d’la posta, dou kaillé, éte se tera… Y falie s’instalô vé on poin d’édye,
car le procédé de distillation consomme beaucoup d’eau.
preka lo procédé de dichtilachion konsoume biai d‘édye.
Après la première campagne, quatre mille cinq cent vingt neuf litres d’eau de vie sont produits.
Apré la premire kaipagne, katro mil sin sai vinte nou litro de gota chon produi.
C’est colossal vu la population de la commune à cette époque. L’année d’après,
Ye kolossal vu la pôpelachion de la kemena a cho momai. La sazon suivaita,
à cause d’une mauvaise production on sort huit cent trente et un litres seulement.
a kaza de na mauvéza produkchion on sôr voue sai traite é ion litro lamai.
Mais on peut supposer qu’il en restait de l’année précédente !
Mé on pou sepozô k’yai demorave d’la sazon d’avai !
L’eau de vie trouvait de multiples usages dans les maisons : digestif, produit pour conserver,
La gota trovave de meltiplo uzazo dai leu mazon : digèstif, produi pe konsarvô,
pour nettoyer, désinfecter, à offrir, à laisser vieillir, médicament polyvalent, etc…
pe néteye, dézinfèktô, a ufri a lache vyellyie, médikamai polyvalai, ète chetera.
On distillait le marc de raisins, bien sûr, mais aussi le vin buvable ou non, le cidre,
On distillave la krapa deu razin, bin sur, mé ari lo vin bevablo ou nô, lo sidro,
la lie, résidu de la fermentation du vin, les prunes, les poires, les cerises, etc…
la li, resto de la fèrmaitachion du vin, le prene, le pare, le serize…
Tous les cultivateurs de l’époque pouvaient faire leurs vingt litres de gnole.
Tui leu kultivateur du momai povan fére yo vin litro de gota.
Depuis les années mille neuf cent cinquante, avec la rareté des privilèges subsistant
Depi le sazon mil nou sai sinkaite, avoua la raretô dé privilaizo demoran
pour distiller, tout le monde peut fournir ses propres fruits ou liquide alcoolisé,
pe distilô, to lo mondo, pou freni sou propro frui don bin likido alkolija,
mais en s’acquittant des droits, à l‘état.
mai ai payai de droi, a l’éta.
A la création, le président de la coopérative était Monsieur MARTIN jusqu’à cinquante et un.
A la créachion lo prézidai  de la côpé ére Monsu MARTIN tai kai sinkaita yon,
Les différents présidents se succèdent ensuite.
Lou diferai présidai se succedon aisuite.
Georges HYVERNAT fils relance l’activité de distillation avec une équipe
Zôrze HYVERNAT fiss relaisse l’activitô de dichtilachion avoua n’ékiepa
le cinq juillet deux mille six.
lo sin zoueille dou mil si.
En ce qui concerne les employés de l’alambic, ils changeaient souvent. Le bâtiment abritant
Ai ce ke konsarne leu zaipleye de l’alaibi, y saizavan sovai. Lo batemai k’abritave
l’alambic a été restauré récemment par une équipe de bénévoles que nous devons
l’alaibi a étau reparô réssamai pe n’étiepa de ko de man ke no volon
remercier ici. Dans toutes les fermes, après la Toussaint, il y avait deux jours importants,
remmarssie itye. Dai tote le farme, apré la tossain, yave dou zor importai,
celui où l’on tuait le cochon et celui où l’on allait distiller (faire la goutte).
chotye tion l’on tyai lo kaillon pi chotye tion on allave distillo (fé la gota).
Nous dirons un mot simplement sur l’étanchéité des tonneaux conservant le marc.
No deron on mô simplamai su l’étaisseytô dé ponson konsarvai la krapa.
On recouvrait les pièces (tonneaux) contenant le marc avec de la terre glaise
On rekovrai le piesse (ponson) ke kontenye  la krapa avoua de tara gléze
ou bien de la « bouse » de vache. Pour se rendre à l’alambic, le producteur portait nourriture
don bin de bouze de vasse ! Pe se raidre a l’alaibi, lo prôducteur portave noritera
et boisson à l’employé de l’alambic, ainsi que le bois, pour assurer la distillation.
pi basson a l’aipleye de l’alaibi, de mémo ke lo bou, pe asserô la distilation.
Celui-ci versait le produit à distiller, ajoutait l’eau nécessaire, ajustait le bonnet au serpentin
Chotye varsave lo produi a distilô, azotave l’édye  nécéssére, azestave lo bone u sarpaitai
et à six heures, horaire à respecter, on allumait le feu. Au bout de trois quarts d’heure,
pi a si zore, orére a réspéctô, on n’allnave lo foua. U bo de tra kar d’ora,
la « blanquette » commençait à couler. Après une nouvelle opération on obtenait la goutte.
la blaiketa kemaissave a kolô. Apré na novala uperation on obtenye la gota.
 Chose importante à ne pas oublier, la déclaration destinée aux impôts indirects,
Souza  importaita a ne pô ubleye, la déklarachion dèstinô u zimpô indirect,
avec le nombre de litres obtenus, les degrés et les horaires de travail.
avoua lo nombro de litro ubtenu, lo degré pi lou z’orére de travô.
Ces papiers étaient indispensables, car une personne (le gabelou) vérifiait à toute heure
Cheu papi éron indispaissablo, preka na presena (lo gabelou) verifiavo a to momai
de la journée si les déclarations correspondaient à la production.
de la zornô si le déklarachion korèspondivon a la produkchion.
Autour de l’alambic on se retrouve, on déguste la gnole à petites gorgées et l’on dit souvent
Lator de l’alaibi on se retrove,  on déguste la gnôle a p’tye gorzon pi on di sovai
« elle est encore meilleure que l’an dernier ! ».
« Le t’onko melyore ke l’ai deri ! »
On se raconte aussi des histoires, par exemple celle là : « Il y a quelques années, Juste avait
On se rakonte ari de z’istoire, pe exaiplo chlatye : « y a keuke annô guste ave
dépassé ses droits aux vingt litres, avec son marc, et il devait très discrètement rentrer chez lui
dépasso seu dra u vin litro, avoua sa krapa, pi y deve vra diskratamai raitrô vé sa
en ayant dissimulé une bonbonne contenant le supplément dans un sac à grains.
ai n’ayai dissimulô na bonbonna kontenai lo suplémai dé on sa a gran.
Lorgnant à droite et à gauche, sa bonbonne sur le dos, le voilà parti en direction du hameau
Gatien drate pi a gasse, sa bonbonna su lo do, lo v’tia preti ai dirèkchion du karti
des « MARGUINS » en longeant les buissons, coupant à travers les champs.
deu « MARGUIN » ai lonzai leu bueusan, kopan ai travé deu san.
Au moment où il devait couper la route et que le nuit commençait à tomber, brusquement,
U momai tion y devez travers la rota pi ke la né kermesse a tombô, bruskamai,
surgissent deux hommes en pèlerine capuchon sur la tête
v’tia dou z’omo ai pailerena kapusson su la téta
« Misère, çà y est… la volante… ! ». Voilà notre GUSTE à triple galop, droit le long des buissons,
« Mizére ye fé… la volaita !… » . V’tia noutron GUSTE u triplo galô, dra lo lon deu boisson,
toujours avec sa bonbonne sur le dos. Vire à droite, vire à gauche, passe les clôtures… Ouf !
torzo avoua sa bonbona su lo dô. Vire a drate, vire a gass, passe le kleter… Ouf !
cette fois, il les a enfin semés. Après avoir camouflé sa bonbonne dans un buisson,
cho ko, y leu z’a aifin senô. Apré ava kamoflô sa bonbonna dè un boisson,
Il revient à l’alambic.
Y revin a l’alaibi.
MAXIME l’alambiquier lui dit : « Alors  GUSTE, tu vois, çà s’est bien passé. »
MAXIME l’èplaye li di : « Alôr GUSTE, te va, to se biai passo »
GUSTE : « Ah ! Ben non, je les ai eus après moi . Mais j’ai réussi à les semer ! »
GUSTE : « Ah ! Bin no, ze leu za yo apré ma. Mé za réussi a leu semô ! »
A ce moment là arrivent, pèlerine sur le bras, ses deux voisins PROSPER et SEBASTIEN,
A cho momai tye arrevon, pailerena su lo bré, su dou vazin PROSPER pi SEBASTIEN,
qui  n ‘en sont pas à leur première farce. « T’as eu chaud aux oreilles GUSTE, tu courres
ke nai son pô a yo premire farce. « Tô yo sô a l’zourellie GUSTE, te kor
encore bien pour ton âge.»
onko biai pe te nazo.»
GUSTE : « Ah ! C’était vous ! Mes salopards !… Ben çà…C’est pas des choses à faire…
GUSTE : « Ah ! Yére vo ! Mou salopar !…Bin saitye… Ye pô de seuze a fére…
Allez venez quand même boire la goutte.
Bon veni don kai mémo bare la gota.

Voilà c’était la bonne ambiance de l’alambic. Et puis, en hiver, le soir avant d’aller se coucher,
V’tia yére la bena aibiaisse de l’alaibi. E pi, ai nevar, lo sa, avai d’alô se kuche
dans une tasse de tisane, une bonne ration de goutte, çà fait bien dormir, c’est sûrement
dé na tassa de tizana, na bena rassion de gota, e fa biai dremi, ye seremai
bien meilleur que les pilules.
biai melio ke le pilele.