Amédée : Salut Justin, comment çà va chez toi ?
Amédée : Salut Jestin, qu’mè sai va vé ta ?

Justin : Bonjour, Amédée, çà va pas mal. Je reviens d’une corvée pour remettre en état le charret de « champagne » : Il y avait du travail, la montée de la Veyle de janvier n’a pas arrangé, il y a de grandes ornières et les tombereaux de ravier, ne font pas d’abonde. J’ai mal à mon bras gauche, pour manier la pelle, depuis que je suis tombé de bicyclette en décembre,de l’an dernier. On prend le gravier en « chantagrillé, dans le talus de l’ancien tramway, qui ne passe plus.
Donne moi voir de tes nouvelles, toi Amédée, comment va ta famille ?
Justin : Bonzor, Médé, y va pô mô. Ze mai vin de na corvô pe remettre ai n’éta lo sarre de « saipagne ». Yave de travô, la montô d’la valla de zaivi n’a pô arraija, y a de graides ornires pi lou tomberé de gravi, ne fon pô d’abondo. Za mô a mon bré gasso, pe manie la pala, depi q’za satô bô d’velô, ai déssaibro de l’ai deri. On prai lo gravi ai « saitagrelie » dai lo talus de l’aissien tram, ke ne passe pô mé.
Baille me va de te novale, ta Médé, kemè va ta fameillie ?


Amédée : Oh ! Cà va bien à peu près, mais ma femme a mal au dos depuis huit jours. Elle a bien avalé tous ses médicaments, rien n’y fait. Il faudrait qu’elle s’arrête quelques jours de travailler !…
Amédée : Oh ! Y va bin a pou pré, mé ma fena a l’zarnire depi oue zor. La bin avalô tui sou medicamè rai ni fa. Y fodre ke le s’aréte keuke zor de travaillie !…

Tiens la voiture du docteur Brevet de Pont de Veyle, et qui se rend chez un patient, il va encore en soulager un, ou bien une. Pourvu que ce ne soit pas trop grave. On saura bien ce qui est arrivé. Le docteur a acheté une voiture Panhard 1935 qui fait cinq chevaux. Il est le premier du canton a rouler en voiture. Sortez vous de devant, il ne freine pas bien vite pour s’arrêter. Il a déjà écrasé quatre poules sur le route !… Et là il n’y a pas de remède !…
Tin la vetera du docteur Brevet d’pont d’vala,  k’va vé on patiai, y va oncor n’ai solaje yon, don bin yena. Prevu ki siaze pô tro gravo. On sara bin ske tarevô. Lo docteur, la assetô na vetera panhard diz nou sai traite sin, ke fa sin sevau. Ye lo premi du kaiton a rolô ai vetera. Sorti vo de devai, y frinne po biai vito peu s’arétô. La dejà écrazô katro polaille su la rota !… Et pi tie ya pô de remedo !…

Avec ma faux je rentre de couper des « aillansson » (euphorbe) en « vavre », dans mon pré de « magala ». Il faut les couper pendant qu’il ne sont pas bien grands. Ainsi, ils seront plus petits dans les foins au mois de juin.
Avoua mon dar, ze raitro de copô de zaillaisson ai « vavro » dai mon prô de « magalô ». Y fô lou copô paidi ki son  pô biai grai. Y seron ple petie dai lo fin, u ma d’zuin.


Justin : Affirmatif ! C’est bien vrai que les « aillansson » abîment notre foin de la prairie de la Saône. Les chevaux les mettent de côté et ne les mangent pas. Les vaches qui en avalent un peu attrapent la diarrhée. Cà leur travaille la panse.
Justin :  Affirmatif ! Ye bin vra ke leu z’aillaisson cofondon noutron fin d’la prarie d’souna. Leu ssevô treillon, pi leu maizon pô. Le vasse ke n’ai n’avalon on ptionneu attrapon la drouzine. Y leu travaille yo zintestin.

Amédée : Dans leurs livres, les techniciens appellent çà l’euphorbe. C’est le nom savant d’une plante envahissante dans toute la prairie des bords de saône. Si l’on en ramasse à la main, on prend des démangeaisons qui font gratter. On n’a pas de moyen de l’éradiquer. Ils parlent bien de faire des expériences avec des coléoptères qui endommagent la plante. Mais mon pauvre Justin, on n’est pas près de voir des résultats. Pour le moment, on ne peut que les couper à la faux. Mais il faudrait que tout le monde les coupe pour les empêcher de grainer, surtout.
Amédée : Dai yo livro, leu technicien l’appelon saitie l’euphorbe. Ye lo nom savai pe na plaita aivaillissaita dai tota la prarie deu bôr de souna. Si on, n’ai ramasse a la man, on prai de démaizazon ke fai grattô. On na pô de moyen pe l’éradiko. Y parlon ben de fére de z’éxperiences avoua de coléoptère kèdomazon la plaita. Mé mon pouvro Jestin on ne pô pré de va de résultats. Pe lo momai on ne pou ke leu copô avoua lo dar. Mé y fôdre ke to lo mondo leu copon pe leu z’aipache de grenô, surto.

Angèle (à bicyclette) : Tiens ! Bonjour Amédée et Justin, on fait donc la causette, asseyez vous sur votre brouette !… Vous attendez la pluie. Je viens du bourg, de faire mes provisions. Mais j’ai bien causé. J’ai rencontré beaucoup d’autres femmes, on a bien discuté, et j’ai appris beaucoup de nouvelles.
Angèle (a velo) : Tin ! Bonzor Médé pi Jestin, on fa don la cozetta, chetô su voutra sevire!.. Vo zataidi la ploze. Ze vin du bor, de fére me prôvizion. Mé za biai piailla. Za vio biai d’atre fene, on n’a biai discutô, pi za apra biai de novalle.

Justin : Cà ne m’étonne pas de toi. Au moins tu n’as pas besoin d’acheter le journal, ni d’écouter la radio. Si l’on reste encore un moment, je n’aurai plus le temps de couper les orties qui poussent dans mon pré de maison. C’est comme les « aillanssons », si tu ne les coupes pas, les orties se développent. Et puis, elles piquent et font gratter, c’est une vrai misère. L’autre jour, mon fils cadet qui a huit ans, est tombé au milieu des orties, eh bien ! Il a hurlé un moment, tellement çà le démangeait, c’est une vrai misère.
Justin : Y méteune pô de ta. O min ta pô bezon d’asseto lo zornal, ni déketô la radio. Si on réste, oncor on momè ze n’ara pô lo té de saille leu z’orti ke posson dé mon prô d’mazon. Ye k’mè leu zaillaisson, si te ne leu cope pô, leu z’orties se developpon. Ai pi y pekon é fai grattô, ye na vra misére. L’atro zor, mon kadé ka ouette an, a satô bô u mouatai deu z’ortie, bin la couarno on momai, tai sai la démaija ye na vra mizére.

Angèle : Ah ! C’est une plante que l’on n’aime pas bien, avec ses poils urticants, ce n’est pas facile de les ramasser. Pourtant, ma mère ne les craignait pas. Elle les ramassait à pleines mains. Puis, elle les hachait avec une machine. Pour fabriquer une bonne pâtée au cochon et surtout aux volailles. Elle faisait un mélange d’orties, avec des betteraves et des pommes de terre cuites.
Angèle :  Ah ! Ye na plaita kon n’ame pô biai, avoua sou pa urtikai, ye pô aija de la ramassô. Pretai, ma mére le kreniave pô. Le leu ramassave a plinne man. Pi le leu sappotave avoua na machina. Pe fére on bon breillon u caillon pi surto a le polaille, le faze on mélaizo de z’orties, avoua de betteraves, pi de katrofles couates.

Amédée : Vous savez, on dit toujours : «  Oh ! Il est bon à jeter aux orties ! ». Il y en a qui disent que c’est un dépuratif. Il y en a même qui en font de la soupe, ou bien les font cuire au beurre.
Amédée :  Vo séte, on dit torzo « Oh ! Le bon a catô eu z’orties » Yai n’a que deillon ke ye t’on dépuratif. Yai n’a memo kai fai de sopa, don bin ke leu fai couar u beuro.

Justin : Il y en a qui soignent avec, les maladies de la peau, ou bien les utilisent pour soigner les petits enfants qui font pipi au lit. Ma grand-mère me disait que les piqûres d’orties lui calmait ses douleurs de rhumatisme. Il y en a aussi qui s’en serve d’engrais et les orties bouillies sont intéressantes contre les pucerons au jardin.
Justin : Yai n’a ke soignon avoua, leu maladi de la piau, don bin pe soigne leu p’tie  ke pisson y lia. Ma grèta me deze ke le pekiore deu zorti, li calmavan se dolor de rumatisme. Yai n’a ari ke sai charvon d’engrai, pi leu z’orti bolu son interassai contro leu pusseron u zardin.

Angèle : Eh bien ! Dites donc, cela fait pas mal de chose, mais je ne vous souhaite pas de vous faire piquer. Moi, lorsque j’allais à l’école, sur le route, les « galapias » nous embringuaient avec des « yetales » (la bardane est son nom savant). Vous savez, c’est une grande plante, qui donne des fruits avec des crochets qui logent la graine. Les grands « galvaudeux » savaient où en trouver des « yetales ». Ils les ramassaient, puis nous les jetaient dans les cheveux, ou bien sur notre veste. On avait toutes les misères pour les enlever, surtout sur nos cheveux ou bien nos vestes, particulièrement en laine, c’était tout incrusté Eh ! bien, les garçons étaient contents, ils rigolaient.
Angèle :  Eh bin ! Dete don, y fa bin pô mô de souze, mai ze vo souate pô de vo fére pekô. Ma, kai z’alove a l’ékeula, su la rota, leu galapia no zaibringavon avoua de yetale Vo séte, ye chla graida plaita, ke baille de fruit avoua de krosse ke lozon la grinna. Leu grai galvaudiau savai tion yave de yetale, lai ramassavon, pi no leu setavon dai lou seveu, don bin su noutre veste. On ave tote leu mizére  pe leu zailevô, surto su noutrou seveu, don bin noutre veste, surto ai lanna, yere to taicopelia. Ah ! Bin, leu garsson eron contai, y rigolavan.

Amédée : Ah ! Oui ! Je me rappelle bien, lorsque l’on riait de cela à la récréation, à l’école chez le père Deshardillier. En médecine, il s’en serve depuis longtemps pour soigner les problèmes de la peau. C’est un peu un antibiotique végétal. On se sert aussi de la racine, ou bien des feuilles fraîches en cataplasme, et en teinture. On peut aussi se purger avec et calmer les douleurs. On donne aussi les grandes feuilles aux lapins.
Amédée : Ah ! Voua ! Ze mai rappelo bin, kai on rigolave de saitie a la récré, a l‘ekeula vé lo pére desardillier. Ai médessena,  y sai charvon, depi grai té pe soigne leu prôblemo de la piau. Ye ton ptionne n’antibiotik végétal. On se chare ari de le rassene, don bin le foille frésse ai kataplasmo, pi tintera. On pou ari se preje avoua, pi kalmô le dolor. On baille ari le graide follie eu lapin.

Justin : On appelle aussi la plante « le chou des ânes ». Mon grand-père disait qu’il mangeait les racines en guise de salsifis. On dit aussi qu’en observant les crochets de la «yetale », un suisse a inventé le système « velcro ».
Justin : On creille ari la plaita « lo so deu zano ». Mon grai me deze ki maizave le rassene kemè de salsifis. On de ari k’ai n’observai leu crosseu deu la yatale, kon suisse a aivaitô lo système « velcrô ».

Angèle : Eh bien ! Dites donc voilà midi qui sonne. Et mon repas de midi qui n’est pas prêt. Heureusement que j’ai acheté du vite cuit. Enfin, on  a bien discuté, sans dire du mal du monde. Au revoir Amédée et Justin, à bientôt !
Angèle : He bin ! Dete don vtia midi ke soune. Pi mon gueutô ke ne pô pré. Heureuzamai ke za assetô de vito koua. Aifin, on n’a biai diskutô, sai dere de mô du mondo. Avo r’va Médé pi Jestin, a d’bin tou !

Amédée et Justin : Au revoir Angèle, bonne route, et bon appétit !…
Amédée et Justin : A t’rva Angèle, bena rota, pi bon n’aptie !…