Tous les ans, on s’installe dans la même grange, pour effeuiller le maïs,
Tui leu zè, on s’installe dé la méma graize, pe dépeille lo pane,
le vieux tombereau à cheval, ici, en travers. Les vieux objets sont dans tous les coins. 
lo vio tomberé à ssevô, tie, ai travé. Le zargaille son dé tui leu coin.
Au milieu, un gros tas de boules de maïs, éclairé avec une balladeuse.
U mouatai, on grou moué de bolle de pane, alenô avoua na baladeuze.


On met les boules une fois effeuillées dans un tombereau.
On mette le bolle kè le son dépailla dé lo tomberé.


Ce soir on effeuille chez Jules et Philiberte. Les voisins et les amis ont bravé la nuit

S’ti ssa on dépeuille vé Jules pi Philiberta. Lou vazin pi louz ami on bravô la né
et le froid de novembre. Ils ont mis une grosse veste, parce que le vent du nord
pi lou fra de novaibre. Lè metô na groussa vesta, preka la bize

tourbillonne dans la grange. Le portail ne ferme pas bien. Célestin a mis sa veste de velours.
revouilloune dé la graize. Lo pôrtô freume pô biè. Celestin a metô sa vesta de velu.
Il y a Auguste qui mordille un mégot de tabac gris. Sa mère Antoinette,
Ya Guste ke mordeille on mégo de gri. Sa mére Toinette,
qui a plus de 96 ans, est sourde comme un pot. La famille Benoît est au grand complet.
ka mé de quatre vin sejan, e sorda kemè on tepin. La fameille Bena t’u grai complé.
Il  y en a bien d’autres encore, tout le quartier est rassemblé. Ils sont tous assis
Y’ai n’a biai d’atro aicor, to lo kartié rassaiblô. Y son tui chetô
sur un tabouret de l’étable. Ils arrachent tous les feuilles du maïs. On boit un coup de temps en temps.
su na salla de la buze. Y z’arasson tui le fouille du pane. On ba on canon de té zé té.
Claudius raconte tous les ans la même chose : « L’année où il faisait très froid,
Glaudius raconte tui leu z’ai la méma souza : « La sazon ke faze vra fra,
où l’on avait effeuillé le maïs jusqu’à deux heures du matin. Il y avait le grand-père de Jules,
kon n’ave dépeilla tè ka douv z’hore. Yave lo grè du Jule,
le père Joanny et moi. La grand-mère avait fait une tournée de crêpes .
lou pé Joanny pi ma. La grèta ave fé n’a tourno d’matafans.
On  avait bien bu… même un peu plus !… »
On ave biai bio… mémo on pô mé !… »


Ce soir, on boit une gorgée de vin « bourru », quand il « pique », çà éclairci la gorge

S’ti ssa, on ba na gourzia de « boru« , kè y «peque », sè echliardi la gôrze
et donne du courage. Du « chardonnay au noah », le vin « bourru » va bien avec les châtaignes,
pi baille de korazo. Du « breugougnon u nôah », lo boru va biai avoua le ssautagne.
Cà délie les langues et fait briller les yeux. Le tas de maïs a diminué.
Y déleuille le lingue, pi fa breuille lou zu. Lo moué de pane a demeneillô.

On n’a pas eu le temps d’y penser. Il reste les feuilles. Les épis vont être suspendus
On a pô u lou té d’y songie. Y demoure le foille. Lou z’épi von étre paidu
sous l’avant-toit, devant la maison, par les deux feuilles que l’on a pas enlevé.
sou l’étre, devai la mazon, pere le douve folie kon n’a pô ailevô.


Jules offre à tous, dans sa grande cuisine avec un bon feu de cheminée, une bonne table :
Jules euffre a tui, dè sa grai kezena avoua on bon foua de ssemenô, na bena trabla :
les tranches de saucissons dans la vessie, le fromage fort en tartines et le vin « bourru ».
le traisse du bado, lo fromazo fôr ai routia, pi lo boru.
Les enfants s’amusent avec la barbe du maïs, les filles se maquillent
Lou z’aifai s’abouizon avoua la barba du pane, don bin le fellie se makeillon
avec le « machuron ». On va se coucher quand on a bien mangé. Vous pouvez
avoua lo ssarbuclou. On va se cuche ce on n’a biai maizia. Vo poute
croire qu’ ensuite on dort bien dans les « chaumières » !…
crare kè on dreme biai dè le « semire » !…