Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage.
Métre Graye, su n'abro prescha, tenive, tenive è chon bé on fromazou.

Maître Renard, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage :
Métrou R'na, pe lo go alescha, li tin a pour pré cho lingazou :

«  Hé ! Bonjour, monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
« Eh ! Bonzou monssu la Graye. Que vo me sèblô bravou ! Sè méti, che voutron ramazou che rapeurte a voutron pleumazou, vo z'éte lo ra du mondo deu seu beu ! »

A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix, il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

A cheu mô la Graye ne se chin pô mé de plazi, pi peu montrô cha brava voua, uvri on larzou bé, pi schatôbô cha proua.

Le Renard s’en saisit, et dit :
Lo R’na sè chazi, pi li de :

« Mon bon monsieur,  apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute ! »
« Mon bravo monssu, apreni don que to flatyo, vi u dépè de chotye que l'ékeute : Chte leusson vô bin on fromazou, sè dote ! »

Le Corbeau, honteux et confus, jura, mais un peut tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

La Graye, on petion confu, sonza, mé on peu ta, qu'on ne li prèdrè pô mé.